Evasion manquée…
La journée a été harassante, et les corvées quotidiennes s’y sont ajoutées. La fatigue se fait sentir et je n’arrive plus à me concentrer sur ma tâche.
J’ai le vertige; je m’affale sur le fauteuil. Ca ne devrait pas durer en principe, mais cette fois-ci je me sens vraiment mal. Papillottes devant les yeux, tremblant de partout, je suis trempé de sueur, j’étouffe. Je tente de me lever pour marcher un peu, reprendre mon souffle et me calmer, mais mes jambes ne me portent plus.
Je retombe en arrière. Bon sang, je dois me bouger le train, ce n’est pas le moment de me laisser aller comme ça. Je me redresse péniblement, soufflant comme un boeuf et bouillant de colère. Alors que je tente de marcher, une douleur fulgurante me submerge.
Déjà? Non! C’est trop tôt! Je ne veux pas, je ne peux pas… J’ai encore à faire, à apprendre, j’ai des enfants, des amis, alors pourquoi maintenant? Le vertige redouble, et je m’asseois comme je peux sur le sol pour éviter de chuter lourdement. Je souris intérieurement… peur de tomber alors que ma toquante s’est bloquée et qu’apparemment c’est hors garantie!
Je tousse pour tenter faire circuler le sang au moins un peu, le temps de trouver moyen d’appeler du secours, mais je restre prostré, recroquevillé; je me tiens les côtes, la respiration sifflante, de plus en plus difficile et de plus en plus douloureuse.
C’est trop tôt, je dois me reprendre, mais je n’en ai plus les moyens. Mon palpitant est maintenant inerte et déjà je sens mes mains, mes bras s’engourdir et se refroidir. Entrouvrant les yeux, j’aperçois le téléphone, un mètre à peine devant moi. Si près mais déjà inatteignable. Une dernière quinte de toux, ma respiration ralentit, ma vue se trouble.
Trop tôt, mais je me résigne, et tant pis pour les projets, la musique, le dessin et l’écriture; adieu la famille…
Mon corps totalement engourdi, toute douleur ayant entièrement disparu, j’abandonne une lutte que je sais désormais perdue. “C’est la vie”. Sur ce dernier sursaut d’ironie, mon dernier souffle m’échappe, et si ma carcasse vide me retient encore un peu, ce dernier lien avec la vie s’atténue et disparait totalement.
C’est l’heure, alors advienne que pourra; je m’évade du monde avec délectation…
Ouvrant les yeux, un peu désorienté dans la pénombre du matin, je mets quelques moments pour réaliser que le réveil-matin vient de sonner. Une évasion manquée, rien de plus …

Expérience personnelle ? C’est bien écrit, on se laisse porter à imaginer ce que ça fait réellement.
Bravo !
Merci pour le bravo, mais c’est seulement un rêve un peu borderline comme j’en fais souvent.
Comme dit à Tarik: “Only my mind wandering around itself, producing sort of short texts.”