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Le plafond blanc


Les frères Lombaires se font la gueule; la mère Sciatique pour une fois n’a rien fait.

Rien d’autre à faire que de rester affalé sur le canapé en écoutant la musique, à volume réduit. Heureusement la liste de lecture est longue et je n’en vois toujours pas la fin.

Déplacements limités au strict minimum, pas de bouquin intéressant sous la main, toujours pas de wifi sur la box; difficile donc de lire les news ou de se distraire. Pas pratique non plus de grattouiller la folk dans cette position, et je ne parle même pas de la basse ou du didge…

Aujourd’hui, seconde journée spéciale rat mort. Impossible de dormir malgré les médocs qu’on m’a prescrits. La boîte porte pourtant le panneau jaune, et je devrais roupiller comme un maoût au soleil, mais non, rien n’y fait.

Dehors les piafs font leur concert habituel. Ça aide à se réveiller en douceur le matin et à évacuer son âme le soir venu, mais là non plus, aucun effet. Le cerveau tourne à presque s’emballer. Les idées vont et viennent, mais tant que les frères Lombaires sont en bisbille, aucune mise en œuvre ne sera possible.

Allongé sur mon canap’, je ne peux que regarder le plafond blanc. C’est bas de plafond ici, avec au maximum deux mètres vingt. Gare aux poutres, ça peut choquer et faire voir des étoiles. Le plafond est blanc, mais le nombre de nuances de blanc est vraiment incroyable, et varie en fonction de la lumière, de la surface sous-jacente et du matériau. Les poutres laissent paraître les veines de leur bois tandis que l’enduit brille légèrement.

C’est le printemps, et quelques mouches se baladent là haut, comme sur une patinoire posée à l’envers, sur le plafond. Est-ce que pour elles c’est moi qui suis au plafond, leur plafond? Probable qu’elles s’en fichent, et m’est avis qu’elles se méfient plutôt des tisseuses octopodes tapies dans les coins. Une toile est si vite arrivée; inutile de finir au garde-manger pour les goulues. Elles sont sûrement encore affamées, au sortir de leur torpeur hivernale. L’une d’elles a abandonné sa mue près de la fenêtre.

Le plafond qui tout-à-l’heure me semblait être une surface uniforme m’apparaît maintenant comme un vaste paysage, avec des collines, des impacts, des monticules, des creux qui pourraient devenir des mares si la patinoire à mouches se mettait à fondre. Ce paysage n’est maintenant plus aussi lisse qu’il paraissait, mais granuleux et irrégulier. Le soleil s’abaissant sur mon horizon lui apporte plus de lumière, et y crée comme un faux lever de soleil, juste avant que la nuit ne vienne.

A force de laisser errer mon regard, le grain de la surface semble danser. Quelques points noirs apparaissent ici ou là, pour disparaître dès que je tente d’y fixer mon regard. Illusion d’optique ou effet de bord d’autre-chose? L’effet est pour le moins amusant. Le plafond abandonne maintenant sa planéité toute relative pour prendre toujours plus de relief, jusqu’à m’engouffrer dans ses paysages improbables. Je vole maintenant dans ses méandres vallonnés, m’approchant toujours plus près de sa surface, si bien que j’en distingue bientôt nombre fractures, canyons ou gouffres qui la font ressembler à la peau chitineuse de quelque arthropode benthique.

Le vol s’accélère, les reliefs défilent toujours plus vite. J’entre-aperçois ici et là de vagues créatures aussi étonnées que moi, certaines parfois aux intentions menaçantes, mais le plus souvent indifférentes à mon intrusion.

Ambiance Grande galerie du Musée d'histoire naturelle de Lille GLAM MHNL 2016 Lamiot a 02

Encore une accélération et je reprends brusquement de l’altitude, avant qu’un dernier changement de direction me fasse plonger vers le sol avec une accélération effroyable.

J’ouvre les yeux ; il ne reste que la faible clarté du soir, et le plafond a repris son allure habituelle de patinoire à mouches. Fin du voyage.

Creative Commons License

Crédit image : Wikimedia commons

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Catégories :Histoires courtes Étiquettes :
  1. Titi
    avril 11, 2011 à 10:06

    Fichtre, que viens-je de constater ? Une héneaurme fôte de heaurthografe ! Je te laisse trouver où mais comme je viens de t’en parler à l’instant, tu ne devrais pas avoir trop de mal à rectifier.
    Mais j’aime beaucoup ta prose alors bon vent et bon rétablissement surtout.

    • Jean
      avril 11, 2011 à 6:48

      Merci Titi, je corrige ça. Euh… sur quel article déjà? 😉
      Le rétablissement est en bonne voie, merci.

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