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Comme un arrière-goût…


Je n’ai pas assez dormi, comme chacune des nuits qui se sont succédées depuis plusieurs semaines. Pourtant, je suis en pleine forme.

Quel contraste avec ces derniers jours! J’étais tenaillé par la faim, exténué après toutes ces nuits qui ne m’apportaient ni repos ni réel sommeil. Maladroit, titubant parfois, j’étais comme errant dans les limbes, attendant quelque événement funeste.

Ma faim s’est maintenant perdue quelque part, au hasard de mes pérégrinations oniriques. Ce rêve désormais récurrent a dû m’agiter outre mesure car chaque mouvement est presque douloureux. Ceci dit, je me sens bien, très bien même. J’adore cette sensation: je suis en pleine forme, rassasié, vivant, ouvert au monde, prêt à l’affronter.

Ce songe était cette fois-ci encore plus vif, plus réaliste, plus entraînant qu’à l’habitude, mais aussi empli d’encore plus d’odeurs, de couleurs et de lumière. J’y parcours une forêt, sous la lumière froide des étoiles et de la lune, dans l’air vif et revigorant de cette nuit du début de l’automne. L’instinct pleinement éveillé, chaque sens en alerte, attentif à l’instant présent, je suis prêt.

Un clocher, pourtant éloigné, là-bas, au coeur de la cité des hommes, s’éveille quelques secondes et perturbe par sa litanie mon paysage sonore, me rendant provisoirement incapable de ressentir chaque détail des environs. J’attends patiemment de recouvrer toutes mes perceptions, puis reprends mon parcours.

Je ne suis pas seul dans cette forêt. Les animaux nocturnes me sont maintenant familiers, mais ils ne comptent pas. Mon but est tout autre, et ils n’en font pas partie. Je sais que d’autres de mes semblables sont également de sortie, recherchant avidement leur pitance. Je les touche presque, par leurs bruissements et leurs effluves apportés par le vent. Je change d’itinéraire pour les éviter; j’aurai plus d’opportunités en restant seul.

D’autres sensations attirent bientôt mon attention: la surprise, puis la crainte. Je perçois maintenant… oui… la peur de quelque être égaré dans un territoire qui n’est pas le sien. Un mouvement au loin attire mon attention; la partie commence. Ma proie sait que je la traque, elle sent le danger, elle sait que son destin est désormais presque scellé et qu’elle ne devra son salut qu’à la fuite. Aiguillé par la faim, je hâte le pas, trotte bientôt, cours parfois, ne m’arrêtant que pour être certain d’être toujours sur la bonne piste.

A l’issue d’une longue poursuite, je m’arrête à l’orée de la forêt. Je la vois, pâle créature courant à travers la clairière pour tenter de s’échapper. Je m’étonne de ne détecter aucune concurrence dans les environs. Pourtant, je ne suis probablement pas le seul à suivre sa trace; d’autres me discuteront sûrement ce repas, mais je suis prêt à éteindre leur convoitise de la manière la plus brutale qui soit, quitte à ensuite également les dévorer en partie et en laisser les restes à la vue et à l’odorat de tous, pour l’exemple.

Je piaffe quelques instants, humant une dernière fois l’odeur enivrante de ma proie. Laissant enfin l’ivresse de la chasse m’envahir, je laisse échapper un grognement, puis un hurlement primal avant de me lancer à découvert. Après lui avoir laissé quelques instants encore croire en sa chance, je rattrape rapidement la petite chose, et la déséquilibre d’un coup brutal avant de l’immobiliser.

Un rapide coup d’oeil sur les environs ne révèle aucune présence, aucune contestation quant-à la légitimité de ma prise. Je m’en saisis à pleine gueule, l’étouffe et lui brise les os tout en la lacérant de mes griffes. La vie s’en va en quelques instants; je ne suis pas un monstre et j’ai bien fait les choses. Son coeur, son foie font une bonne entrée en matière avant de dévorer sa chair et de m’abreuver de son sang. J’en perds toute perception du monde et du temps…

L’odeur du café tout juste passé me ramène au présent. Je me sers une tasse, bois quelques gorgées. Il est bizarre, ce café; je le trouve bien différent, à moins que ça ne vienne de moi… Cela me rappelle quelque-chose, comme…

Comme un arrière goût de …

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Catégories :Histoires courtes Étiquettes :
  1. ze_titi
    septembre 30, 2012 à 11:07

    *je hâte le pas 😉
    J’aime décidément beaucoup ta plume ! J’aimerais vraiment pouvoir lire ta prose des différents NanoWriMo !

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  2. John Butch3r
    septembre 30, 2012 à 6:56

    Merci pour la coquille (encore une, honte à moi), et surtout pour les compliments. Ca fait réellement plaisir.

    Lire mes nano? Oupf! Je viens à peine de nettoyer le 2010, et il me reste à « épaissir » quelques persos un peu légers, puis une nouvelle correction/relecture avant que peut-être j’en sois à peu près satisfait. Le 2011 est encore brut de décoffrage, mais je vais adorer le retravailler.

    Je publierai peut-être tout ou partie de chacun des deux ici ou sur des blogs montés ad-hoc. Pour le moment je ne me sens pas prêt à les exposer tels quels. Autant j’adore écrire, autant le résultat me déçoit souvent (et pour le dessin c’est encore pire, j’en jette au moins les neuf dixièmes), et je dois y retravailler, ou jeter.

    « Comme un arrière goût… » ou « Le plafond blanc » m’ont demandé pas mal de travail avant de les libérer alors une nouvelle… N’oublie pas que je ne suis qu’un matheux/informaticien un peu barré à l’ouest.

    En passant, j’ai commencé à préparer le 2012. Si ça te dit, lance-toi. Il n’y a rien à y perdre ni aucun prix à gagner, à part l’envie de recommencer. Il parait que c’est la même chose avec le parachute et le raft…

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  1. janvier 22, 2019 à 7:10

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